Un hôtel de luxe au hameau des Pesquiers ?

Un hôtel de luxe au hameau des Pesquiers ? Changer d’Ère ouvre le débat.

Un hôtel de luxe au hameau des Pesquiers ? Après le fiasco du projet d’hôtel de luxe en centre ville, sous le mandat de M.Politi ? Il semble que nos maires souhaitent marquer leur passage dans l’histoire locale, en privatisant des parties du domaine public pour assouvir des envies tout autant idéologiques que passéistes.

Passéistes en effet puisque Hyères chercherait ainsi à s’inscrire dans une logique de développement touristique du littoral, correspondant aux années du boom immobilier de la Côte d’Azur, il y a plus d’une génération. Doit-on craindre le bétonnage qui en résulta, quand il ne s’agirait ici que d’un projet isolé et qui se veut respectueux du bâti existant ?
Ce serait oublier que M. Le Maire éprouve le désir de renforcer de manière substantielle les capacités d’accueil touristique du littoral. Un détour par Saint-Cyr sur mer, où M. Giran fut l’édile pendant de nombreuses années montre de manière éloquente ce que cela peut donner en terme de destruction du patrimoine naturel et de création d’une économie artificielle de mono-activité. Nombreuses sont, depuis les années 1980, les études ayant montré les illusions et les conséquences négatives de ce type de projets. Mais, au fond, il existe peut-être une nostalgie municipale de l’époque encore plus lointaine où Hyères était la reine de la côte, avant 1914 …
En refusant d’accueillir la ligne de chemin de fer reliant Nice à Paris, les Hyérois avaient fait montre déjà d’un attachement au passé qui avait conduit la Ville sur son déclin. En réalisant des projets dont l’essence remonte aux années 1950-60, ils feraient se répéter l’histoire, faisant croire décidément que Hyères ne peut être en phase avec son temps.
Le conservatisme de ses habitants doit-il empêcher de les faire rêver et de les éveiller au XXI e siècle ?
Il est pourtant clair, et Léopold Ritondale l’avait en son temps bien compris, que l’avenir de Hyères est lié à sa singularité : un site exceptionnel, protégé au bord de la Méditerranée, face à un Parc National créant une dynamique d’aménagement, autant d’atouts faisant de Hyères un laboratoire possible d’un développement durable ambitieux. Le projet d’un hôtel de luxe marque donc un retour en arrière préjudiciable à l’ensemble de la commune, car il n’est que la première étape d’une fuite en avant vers le tout touristique, faisant de notre ville, une nouvelle proie pour promoteurs, sociétés d’assurances et autres agents d’une économie prédatrice.

Qu’avons-nous à gagner avec un tel projet ? L’argument des emplois créés est des plus fallacieux. Ce secteur de la restauration et de l’hôtellerie crée surtout des emplois précaires et temporaires. Y en a-t-il un autre pour défendre l’installation de cet hôtel de luxe aux Pesquiers ? M.Giran parle d’un « apport de qualité pour la fraction de la Capte », on ne saurait être plus évasif. M.Lelièvre, chef toulonnais qui possède déjà le Robinson à l’Almanarre, et pressenti pour prendre en main l’affaire, multiplie les paroles bienveillantes concernant la protection de l’environnement : pinède et chapelle demeurant ouvertes au public, « morceau de terrain pour les associations », création d’une maison du sel. Il n’empêche que l’on ne peut que s’interroger sur la multiplication de ces garanties pour la population locale : dans ces conditions, pourquoi privatiser le terrain ? Pourquoi ne pas l’associer à la gestion du futur hôtel ? Et pourquoi, avant toute chose, ne pas lui avoir demandé son avis au départ ? De la même manière, on aimerait connaître les résultats des études de marché qui ont dû être effectuées concernant notamment la clientèle potentielle de cet établissement à venir : il n’est pas sûr qu’elle soit attirée par un hôtel isolé, dans un environnement peu encourageant : pas d’accès à une plage privée, proximité d’un quartier d’immeubles et de tourisme populaire, pas de commerces et de services de luxe, pinède ouverte, cérémonies religieuses possibles sur place. Les gens riches aiment cultiver l’entre-soi à l’écart du monde. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne seraient pas tout à fait tranquilles….

En fin de compte, il résulte de l’annonce de ce projet, comme naguère de celui de l’hôtel de luxe,en centre ville, l’impression que l’intérêt général des Hyérois n’est pas pris en compte. En centre ville, la fermeture de la gare routière a, de manière spectaculaire, montré le peu de cas accordé à une politique des transports collectifs cohérente et digne d’une ville de près de 60000 habitants. Le projet des Pesquiers s’annonce comme un appendice parasitaire qui tourne brutalement le dos à quinze ans d’engagement de la Ville pour la réhabilitation du hameau des Pesquiers : intégration par achat au domaine public, projet d’écomusée, accueil du siège du Parc National de Port-Cros. Cette destination était en cohérence avec le classement du site, et s’inscrivait dans la logique de l’Opération Grand Site qui doit être prochainement réalisée.
Les habitants du quartiers ont réservé un accueil peu enthousiaste au projet d’ hôtel de luxe. Le Président du CIL de la Capte, M.Lapleigné, rappelle que « depuis plus d’une décennie, on dit aux Captois qu’ils bénéficieront de locaux pour les associations et les habitants sur le site du hameau ». Beaucoup de ces derniers doutent que l’ établissement de luxe prévu ait des retombées positives pour le commerce local.

Gilles DESNOTS

 

Le hameau des Pesquiers constitue un site exceptionnel à vocation environnementale et compose avec les Salins un ensemble fonctionnel indissociable.
En 2004 un schéma directeur d’aménagement prévoyait pour ce lieu d’en faire un pôle environnemental : musée du sel, accueil des scolaires, salle polyvalente, hébergement de la Maison du Parc… un vrai projet répondant à l’ambition première de la Charte du Parc National de Port Cros : préserver les patrimoines emblématiques.
Site classé, le hameau des Pesquiers fait partie de notre patrimoine culturel et à ce titre ne peut être donné au privé. Il serait vraiment incompréhensible qu’en 2001 la municipalité ait préempté ces bâtiments pour les soustraire à toute opération immobilière et qu’aujourd’hui la ville les remette entre les mains d’un opérateur privé pour un projet hôtelier, même paré d’une vertu écologique.
Certes, le bâti existant, qu’il faut aussi désamianter, est en très mauvais état. Certes, sa remise en état demanderait un investissement peu compatible avec la puissance financière publique actuelle.
C’est pourtant ce projet que nous défendons toujours et qui pourrait être financé dans le cadre de l’OGS avec des fonds des collectivités, de l’État et de l’Europe, mais également dans le cadre du département avec la taxe sur les espaces sensibles.
Aujourd’hui Monsieur le Maire parle d’une « résidence hôtelière patrimoniale ». Même sous forme d’écolodges, cette politique de privatisation de l’espace public serait pour les citoyens que nous sommes un très mauvais signal quant à l’Opération Grand Site, dont les objectif sont de restaurer et protéger la qualité paysagère, naturelle et culturelle du site ainsi que de favoriser un développement socio-économique dans le respect des habitants.
Nous attendions bel et bien de de cette opération la possibilité de débattre sur la nécessité et les conditions d’organisation du tourisme dans cet espace remarquable et, plus généralement, sur Hyères et son littoral.
Des hôtels de luxe sont-ils vraiment l’instrument dont les hyérois ont besoin, malgré le passé glorieux d’une époque anglaise révolue? Peut-on introduire ainsi, à cet endroit, une nouvelle perturbation de circulation ?
Avec une telle intention, doit-on continuer de laisser, tout à côté, des campings combler des zones humides pour y installer des bungalows comme cela se fait aujourd’hui?
Et si la réponse, par aveuglement néfaste, s’avérait positive, ne faudrait-il pas pour autant ouvrir le dossier à l’opinion des citoyens pour désigner un attributaire, l’accompagner dans l’élaboration de son dossier et rechercher les compensations pour cette soustraction de bien commun ?
Aujourd’hui, tout cela s’élabore à l’écart, en catimini. Fusse dans le bureau du Maire, cela n’est pas acceptable au regard de l’intérêt général.
Nous avons besoin d’une vision globale, publique et débattue.
Pour toutes ces raisons, nous appelons à créer une action collective. Associations environnementales, citoyens, partis politiques sont invités à se regrouper pour apporter leurs points de vue et construire ensemble un pôle de résistance. Contactez-nous.

Vincent TESSEREAU

 

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