PLU d’Hyères: avis défavorable!

Malgré la réponse du commissaire enquêteur , nous affirmons que cette enquête publique n’a pas été organisée de manière à faire comprendre aux citoyens ordinaires ce document si complexe et leur permettre d’en percevoir les enjeux.
Le PLU est un dossier très ardu. Si les citoyens n’en ont pas les clefs, ils s’en désintéressent ou ne s’intéressent qu’à des questions d’ordre personnel ou d’intérêt privé. Or il est indispensable, dans l’intérêt général, de développer une vision d’ensemble commune lors de l’enquête publique qui précède son approbation. Et de permettre aux habitants de s’approprier l’espace du projet pour se projeter dans l’avenir de leur ville, pour eux et leurs enfants. A nos yeux, il importe que l’outil PLU soit l’occasion d’un vrai débat public, d’apprentissage collectif d’un document de planification urbaine et de définition conjointe de notre futur.
C’est dans cette perspective que nous avons organisé, en collaboration avec l’association MALTAE, des ateliers citoyens d’approche du PLU et vous trouverez en fin de ce document une synthèse de l’étude réalisée par de nombreux participants à ces séances au sujet des emplacements réservés avec l’aide de la population des différents quartiers et des CIL.
Nous vous avons déjà signalé dans notre courrier du 8 avril 2011 que ce PLU est présenté aux habitants sur une base fausse puisqu’il s’appuie sur un relevé cadastral trop ancien ne correspondant pas aux réalités du terrain. Que nombre d’erreurs n’en simplifie pas la lecture. Et qu’il manque, cruellement pour les citoyens ordinaires que nous sommes, les outils pour repérer les évolutions du POS au PLU.
Dans votre réponse, vous nous parlez de superposition graphique du POS et du PLU qui n’existe pas et qui serait illisible. Vous nous dites aussi que chacun peut obtenir auprès de la mairie, pour le secteur qui l’intéresse, des extraits cartographiques du POS et du PLU pour procéder à des comparaisons. Vous admettrez avec nous qu’il aurait été beaucoup plus facile pour les citoyens de disposer de ces cartes directement sur les lieux consacrés à l’enquête publique !
Dans notre cas, puisque nous voulions saisir toute la trame de ce PLU dans une démarche plus collective, c’est bien l’ensemble des cartes de la commune que nous aurions dû nous procurer ailleurs.
Vous nous informez encore de la présence permanente sur chacun des sites d’un représentant des Services de la Mairie, compétent en matière d’urbanisme. Nous avons effectivement constaté leur présence et ils nous ont été d’un grand secours. Mais aucun n’a su répondre à la question aussi simple que précise qui visait à connaître le nombre de kilomètres de routes créées ou élargies pour le comparer au nombre de mètres ou kilomètres de pistes cyclables envisagées.
Dans le même ordre d’idée, lorsque nous avons voulu savoir quelle était la part de financement entre un aménageur et la mairie dans la création d’une voie menant à un nouveau lotissement, nous avons été renvoyés vers une autre personne qui elle-même nous en a indiqué …encore une autre.
Nous estimons donc, globalement, que cette enquête chargée de définir l’intérêt public du projet aurait pu consentir un meilleur accès aux informations pour un public non spécialiste.

Nous vous remettons aujourd’hui un dossier motivant notre demande qu’un avis défavorable soit donné en l’état au projet de PLU de la ville d’Hyères.

Ce plan, arrêté par le conseil municipal en date du 08 septembre 2010, engage donc l’avenir des hyérois et des futurs habitants de TPM.
Nous en dénonçons ici les insuffisances, les incohérences et les contradictions.

Aucune réflexion dans une pré-vision à 40 ans ne l’anime. En cela, et en bien d’autres points encore, il loupe l’occasion d’une vision d’ensemble dans l’intérêt général. Il bafoue le développement harmonieux, la croissance équilibrée et l’amélioration des offres en équipements publics que nous, hyérois, serions en droit d’attendre!

Ce PLU ne permet pas en effet de discerner avec netteté des projets d’aménagement de logements locatifs ou sociaux qui semblent indispensables à assurer une pluralité de population et, de ce fait, le maintien des effectifs dans les écoles. Il n’est donc pas un outil au service de la mixité sociale et accroit les risques de ghettoïsation et de vieillissement rapide de la population hyéroise. Les recommandations et les possibilités de la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain) ne semblent pas avoir été retenues et complètement exploitées.

Concernant l’extension de l’urbanisation de la ville, nous regrettons que le PLU la programme dans sa majeure partie sur des terres agricoles, contrairement à l’esprit de la première partie du SCOT qui envisageait l’extension urbaine sur des espaces déjà urbanisés afin de mettre un terme au mitage du paysage et des terres agricoles autour de la ville et en opposition aussi à la charte pour la préservation des terres agricoles, appelée « Charte pour une Reconnaissance et une Gestion durable des Territoires départementaux à vocation agricole » et signée le 20 juin 2005 par le Président de la Chambre d’Agriculture, le Préfet du Var, le Président du Conseil Général, le Président de l’Association des Maires du Var, les Présidents de l’Association des Maires Ruraux du Var, de l’Association des Communes Forestières et de T.P.M., les Présidents des Chambre de Commerce et Chambre des Métiers.
Le PLU corrige, fort à propos, certaines erreurs du POS. En effet, depuis la révision du POS des années 1980, des parcelles entières, cultivées essentiellement en vignes, étaient classées en zones ND/EBC. Ce reclassement en zones Aa ne fait donc que reconnaître l’existant et ne constituent pas un accroissement réel des zones agricoles. Le CIL des Borrels se bat depuis longtemps pour que la délimitation des zones N et A colle à la réalité. Les régularisations en zone Aa concerne Sauvebonne, les Borrels, la Couture-Mauvanne et le pourtour du Fenouillet. Nous évaluons leur total à une quarantaine d’hectares.
Malgré le déclassement de ces terrains annoncé comme une reconquête de terres agricoles et malgré la déclaration de la vocation agricole de notre ville, nous avons comptabilisés pas moins de 337 hectares de terres agricoles disparus entre le POS et le PLU. Un calcul intéressant au regard des intentions affichées ! Nous souhaiterions que les faits suivent un peu mieux les beaux discours.

Nous remarquons que l’utilité de vocation agricole n’est pas arrêtée dans sa raison première : celle d’être une terre nourricière pour tous puisque la majeure partie du PLU ne s’intéresse qu’à l’horticulture.
Il faudrait aussi penser à l’alimentation. Nous tenons à pouvoir toujours consommer des fruits et légumes de saison qui n’ont pas traversé le globe pour arriver sur nos tables, nous voulons garder une nourriture saine produite le plus près possible : une agriculture de proximité, surtout à Hyères où le maraîchage pourrait disparaître si nous n’aidons pas nos paysans à demeurer sur leurs terres. C’est un des éléments du fameux Grenelle de l’environnement que nous attendions tout particulièrement de ce PLU. En vain, hélas. Pour assurer un droit l’alimentation de tous, il est grand temps de classer les terrains qui y contribuent en zone agricole protégée.

L’extension des territoires urbanisés a aussi son impact sur l’environnement : accroissement des prélèvements pour l’alimentation des populations en eau potable, augmentation des rejets (eaux pluviales et eaux usées), fragmentation des milieux naturels…
Il convient d’en tenir compte et de les intégrer au projet de PLU. Les aménageurs devraient prendre complètement conscience de ce phénomène et réduire autant que possible les effets négatifs. Qu’en est-il en actes dans ce PLU ?

Nous citerons en exemple le grand nombre d’hectares de zones réservées à la création de bassins de rétention. Plus on construit en amont du Roubaud et on imperméabilise les sols (CF ZAC du Roubaud), plus les parcelles en aval sont soumises à la crue du cours d’eau. Cette logique aurait du infléchir la définition des zones à urbaniser pour ne pas supprimer de zones de friches ou agricoles, indispensables à l’infiltration naturelles des eaux.
Aujourd’hui (et c’est là que le PLU manque singulièrement de perspective à 40 ans !) on construit et on urbanise sur des terres agricoles, puis, pour protéger ces constructions ou d’autres situées en aval, on annexe encore d’autres terres agricoles en bassins de rétention ou chenaux de crue.

Notons au passage, le contre coup fatal à un espace de vie collective qui nous est cher : la création du chenal de crue sur l’emplacement réservé n°50 qui met en péril l’existence des jardins solidaires. Cette structure répondait pourtant à trois orientations principales du Projet d’Aménagement et de Développement Durable de la ville d’Hyères :
1 Dynamiser et harmoniser la vie locale pour assurer une stratégie économique qualitative.
2 Promouvoir le développement urbain de la ville afin de favoriser la mixité et la diversité urbaine, sociale et agir en faveur d’un cadre urbain de qualité.
3 Favoriser un cadre de vie remarquable pour valoriser les paysages identitaires du territoire et s’orienter vers une qualité environnementale des projets.
Nous réclamons la mise en cohérence des divers schémas d’aménagement du territoire. Comment accepter que le PLU vienne agir ici en contradiction avec le PADD voté par ces mêmes élus?

Le plan de déplacement urbain voté par TPM, imposant notamment la mise au point d’itinéraires de pistes cyclables à l’occasion de la réalisation ou la rénovation de voies urbaines, ne s’avère pas non plus très respecté.
Malgré un nombre prodigieux d’emplacements réservés destinés à l’agrandissement ou à la création de voies, aucun programme de voie cyclable n’apparait en centre ville, les aménagements permettant le déplacement sécurisé des piétons paraissent oubliés, la mise en accessibilité des infrastructures pour les personnes à mobilité réduite (notamment l’aménagement des quais pour les transports collectifs) n’est pas à l’ordre du jour.
La mobilité de tous devient un enjeu déterminant pour la vie de la cité. Largeur des trottoirs, cheminements piétons, aménagement des traversées difficiles, barrières urbaines pour limiter certains accès, pistes cyclables, parkings à vélos… l’homme doit reprendre toute sa place.
Mais la ville, à travers ce PLU, ne s’adapte pas aux modes de déplacements doux. Au contraire, plusieurs opérations (création de parkings Gambetta/Léon Gautier ou à proximité du Château par exemple) conduisent à donner plus d’importance encore au « tout voiture » et à tous les problèmes de circulation, mais aussi de pollution, qui en découlent.
Nous nous opposons à l’aménagement de nos espaces urbain en faveur trop envahissante de la voiture individuelle (CF les nombreux agrandissements de voie sur la presqu’ile de Giens). Il faut renverser ce raisonnement et reconsidérer l’organisation de la ville et des espaces publics en partant des plus fragiles (enfants et personnes à mobilité réduite). Relire la ville déjà constituée, repenser et réaménager progressivement les espaces publics au profit des modes doux et transports collectifs, depuis l’échelle du quartier jusqu’à l’échelle la plus large du territoire. Une ambition dont le PLU ne se fait pas vraiment l’écho, ce qui est fort dommageable à la qualité d’utilité publique que nous recherchons vainement.

S’Il est un aspect de ce PLU qui mériterait encore d’être souligné, ce sont les choix économiques à court terme qui sont induits.
En privilégiant le bâtiment qui continue d’exploiter les terres agricoles comme on le ferait pour une mine. Jusqu’à épuisement de la ressource et à la destruction de notre richesse paysagère.
En faisant porter le développement par un tourisme de masse. Sans hésiter à invoquer, malgré cinquante ans d’échecs, l’étalement de la saison. Choix qui a toujours appauvri les populations et qui reste étroitement dépendant des conjonctures et des crises. Choix qui de surcroît met plus étroitement les habitants en concurrence avec la mondialisation. Un non sens absolu.
C’est dans les domaines sociologique et environnemental que l’impact du tourisme est le plus aisé à démontrer car il suffit de voyager pour se rendre compte. Cependant, ce n’est pas toujours ce qui interpelle le plus les touristes car ceux-ci s’attachent davantage à leur propre confort, à la qualité de service, à leur santé en voyage, à leurs dépenses et font souvent peu cas de leurs hôtes.
Un choix qui occulte ainsi ses propres conséquences : nous organisons notre territoire pour la gestion de nos déchets quotidiens. Nous en comprenons la nécessité et la complexité. On évoque pour Hyères et sa région un nombre de plaisanciers sur l’eau équivalent à celui des personnes vivant à terre ! Mais qu’en est-il alors de la qualité des eaux de la rade d’Hyères où navigue l’été cet impressionnant afflux de population? La volonté d’exploitation touristique de notre littoral et de son débouché maritime s’accompagne-t-elle des structures de collecte, de tri et de traitement de tous les rejets provoqués par cette sur-fréquentation ? Les aménagements nécessaires (mais non prévus par le PLU) seraient pharaoniques et il n’est pas évident que la manne touristique apparaisse dés lors si rentable pour peu que l’on prenne vraiment en considération cet aspect fondamental des choses.
Dans sa quête d’horizons différents et extraordinaires, le tourisme est parfois à l’origine de dégradations irréversibles sur les populations et les paysages d’accueil. Il faut absolument se demander quel tourisme nous voulons (et se préparer à cette confrontation) sous peine de faire subir à tous un vrai processus d’acculturation et de perte d’identité. Le PLU aurait plutôt tendance, lui, à poser le tourisme comme un postulat économique inévitable.
Les emplois que font miroiter ceux qui préconisent le développement par le tourisme ne sont que trop souvent des leurres. L’expérience démontre qu’il s’agit souvent d’emplois subalternes (voire dégradants), la plupart du temps sous-payés et saisonniers, ne respectant pas toujours les droits du travail et ne permettant pas toujours de vivre décemment.
L’aspect écologique et environnemental est beaucoup plus médiatisé et a davantage les faveurs du public que l’aspect humain. Il est de notoriété publique que le tourisme cause de grands dégâts sur l’environnement naturel et malgré la sensibilité du public à cette cause, ces nombreux préjudices sont toujours à déplorer. Le tourisme a pu donner lieu à Hyères à de véritables désastres écologiques dans des zones déjà fragiles au départ. C’est le cas des marais, mais aussi des dunes du double tombolo, toutes zones où l’écosystème est précaire. Ces zones sont aussi plus exposées aux dommages de par leur intérêt touristique. Ajoutons à cela le gâchis provoqué par les constructions édifiées à l’usage des touristes : hôtels « pieds dans l’eau », villages de béton, panneaux d’affichages et autres aménagements divers très discutables sur le plan esthétique.
Dans son site Internet l’UNESCO s’interroge fortement sur les méfaits du tourisme pour le patrimoine mondial. Quant à nous, nous attendons toujours du PLU cette utopique prise de conscience. Nous ne percevons pas la volonté manifeste d’organiser sur notre espace commun un tourisme de partage vraiment respectueux de notre environnement. Un tourisme qui donnerait envie aux visiteurs de rencontrer une population heureuse de faire connaître sa qualité de vie.

Vous l’avez compris, Monsieur le Président, nous ne sommes pas favorable à ce PLU dans sa forme actuelle.

Mais au delà de cette analyse globale, nous voulons aussi porter à votre attention cinq points particuliers pour lesquels nous pensons qu’il y aurait motif légitime à une possible annulation du PLU par le tribunal administratif. Quatre d’entre eux concernent l’urbanisation de secteurs à l’Almanarre, les Loubes /St Martin, Costebelle et la reprise du projet de Golf à St Eulalie. Le dernier s’attache à la gestion catastrophique des zones humides naturelles par ce PLU. Vous trouverez en complément sous l’intitulé « Points d’achoppement grave du PLU refusés par Changer d’Ère », un document retraçant les principaux griefs que nous formulons à l’encontre du PLU à propos de ces secteurs.

En complément encore, la synthèse d’un travail de réflexion sur les terres agricole engagé par un collectif d’associations et la synthèse des emplacements réservés et de leurs utilisations qui nous semblent contestables.

Pour toute ces raisons, l’association Changer d’Ère s’oppose au projet de PLU tel qu’il a été proposé aux Hyérois lors de cette enquête publique.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’expression de nos considérations citoyennes.

Vincent TESSEREAU, pour l’association Changer d’Ère

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