Linky : compteurs intelligents mais inquiétants?

Un peu partout en France, le mécontentement monte autour des compteurs « intelligents » Linky, d’ERDF, la filiale d’EDF gestionnaire du réseau de distribution d’électricité. Expérimenté depuis 2010 à Lyon et en Indre-et-Loire, ce nouvel outil communiquant est depuis le 1er décembre en phase de déploiement dans tous les foyers français. La loi de transition énergétique du 18 août 2015 prévoit en effet le remplacement de 35 millions de compteurs classiques par des Linky, d’ici à 2021. Mais cette opération, qui devrait coûter 5 milliards d’euros à ERDF, ne fait pas l’unanimité. Sollicitées par des habitants, près de quatre-vingts communes ont adopté des délibérations ou des arrêtés refusant la pose de ces appareils sur leur territoire.

Le président de l’Association des maires de France, François BAROIN, a écrit le 17 mars au premier ministre pour demander à l’Etat « d’informer les maires sur les limites de leur capacité à agir dans ce domaine » et de « fournir de manière objective et transparente aux habitants inquiets les réponses qu’ils attendent ».

Beaucoup s’inquiètent en effet  des risques pour la santé liés aux ondes électromagnétiques émises par ces compteurs. Mais pas seulement…

Des sympathisants et des adhérents de Changer d’Ere réclament l’ouverture d’un débat à Hyères. En attendant  l’organisation dans le courant du mois de mai d’une telle réunion, voici les arguments  de notre amie Albertine BENEDETTO.

Liker Linky ?

Au-delà de la provocation induite par le jeu de mots, je commencerai par replacer l’appellation « Linky » dans ce globish, version appauvrie d’un anglais mondialisé et propre au capitalisme triomphant. Mais dans « Linky », j’entends aussi le lien –link, en anglais. Ce qui me rend le mot a priori plus sympathique.

Qu’est-ce donc que ce « Linky » que j’ai découvert récemment à travers la levée de boucliers qu’il a engendrée ? N’oublions jamais en effet que derrière le mot, il y a la chose. De fait, il semble difficile à première vue de se faire une opinion tant les points de vue divergent. Résumons-les.

Le compteur « Linky » utilise une technologie CPL (courant porteur en ligne). Celle-ci va transmettre des données par radiofréquences de 63 à 75 kilohertz, via des câbles électriques conçus pour du courant électrique de 50 hertz. Voilà pour les faits. Pourquoi s’émouvoir alors ?

D’après ERDF, filiale de distribution d’EDF, le CPL « s’arrête au compteur, et ce dernier ne communique que quelques secondes avec son concentrateur qui recueille les données par CPL, et c’est entre minuit et six heures du matin. » (source Que choisir, actualité du 13 janvier 2016)

Deux remarques s’imposent : d’abord, comme nous l’a si bien dit Brassens « le temps ne fait rien à l’affaire ». Pourquoi insister sur ce temps de quelques secondes, qui plus est au coeur de la nuit, dans notre sommeil innocent ? Cela peut sans doute rassurer ceux qui s’inquiètent pour la domotique qui risquerait d’être perturbée en plein jour. Mais quid des transformateurs de quartiers (740 000 concentrateurs et antennes-relais GPRS supplémentaires, source Bio contact, avril 2016) installés à hauteur d’homme qui émettront des micro-ondes 24h sur 24h ? Voici que le temps, soudain, devient inquiétant. D’autant plus que les radiofréquences et les micro-ondes ont été classées depuis le 31 mai 2011 dans la catégorie 2B, c’est-à-dire « potentiellement cancérigène », par le CIRC (centre international de recherche sur le cancer).

On m’objectera peut-être que nous sommes soumis tous les jours à de multiples ondes, celles de la wi-fi comme du téléphone portable, entre autres. Je répondrais à cela que d’une part, ce n’est peut-être pas la peine d’en rajouter et que, d’autre part, je suis libre d’éteindre ma wi-fi, mon téléphone et de me passer de four à micro-ondes.

Ce qui m’amène à ma deuxième remarque. Le compteur « Linky» entre dans le débat de la protection des données personnelles et de la vie privée. Nous savons tous que penser la question du Big data est fondamentale. La récupération des données et leur commercialisation, voire leur utilisation à des fins politiques n’a pas fini d’interroger notre capacité à rester maître de l’outil numérique et, par là, notre capacité à vivre en démocratie.

Or, nous assistons de la part d’ERDF à des pressions, à des formes de harcèlement, au déni de dispositions légales dès que des usagers se montrent récalcitrants à la pose des compteurs. Quand ceux-là ne sont pas changés dans l’opacité la plus totale. Quid alors de notre liberté ?

Ainsi, pour tâcher d’apporter ma pierre au débat, je me bornerai à souligner ces points :

– Devons-nous continuer à tolérer que notre santé passe après la technologie ? Ne faut-il pas trouver scandaleux un argument qui prendrait appui sur le fait que « les normes de compatibilité électromagnétiques sont édictées à un moment donné, elles n’avancent pas toujours aussi vite que les nouvelles technologies » (selon Philippe Besnier, directeur de recherches CNRS à l’Institut électronique et de télécommunications de Rennes) ? A Fukushima en effet, TEPCO a cessé de fournir des dosimètres fiables…

– Ne faut-il pas s’interroger sur le fait que d’autres pays s’opposent à cette technologie Linky, l’Allemagne, la Belgique, par exemple, ou encore le Canada qui à Québec a fait machine arrière devant les milliers de plaintes déposées ?

– Dans une période de crise économique et de durcissement du marché et du droit du travail, que penser des milliers d’emplois supprimés pour cause d’automatisation des relevés ? En d’autres termes, à qui profite le crime quand on sait que partout où ces compteurs sont installés, le coût supporté par le consommateur augmente ?

En espérant que ces réflexions permettront d’enrichir le débat démocratique,

salut et fraternité,

Albertine Benedetto, membre de Changer d’ère

 

 

 

2 comments

  1. METAYER Reply

    Merci pour cet article qui résume bien l’enjeu de ce projet pour lequel aucune étude d’impact sanitaire n’a été faite, aucune consultation ni aucun débat citoyens. Et pourtant ce sont bien nous les citoyens qui sommes en première ligne et il y a URGENCE car ERDF a déjà posé environ 630 000 compteurs et continue. Des collectifs citoyens se forment dans toute la France. Dans notre région, le collectif « STOP LINKY AIRE TOULONNAISE » vient de voir le jour. Email : stoplinkyairetoulonnaise@laposte.net. Une réunion publique a déjà eu lieu au Revest le 6 avril, la salle était bondée. Une autre est prévue le 14 avril à Toulon à 17h30 à la Bourse du Travail. Venez nombreux !

  2. Giroux Reply

    Avis aux amateurs de science-fiction : je vous recommande la lecture de « Black Out » de Marc Elsberg.
    Ce polar noir, traduit de l’allemand, décrit une sorte de fin du monde à l’origine de laquelle on trouve… des nouveaux compteurs électriques « intelligents » commandés à distance ! Très inquiétant. Comme vous le savez, la réalité dépasse la fiction.

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