Ciné débat : Merci Patron!


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On a beaucoup parlé et entendu parler du travail ces derniers temps. On se rappelle évidemment  l’origine latine du mot : tripalium, instrument de torture… Cela juste pour évoquer la somme de souffrance que le travail peut engendrer.

Le travail n’est pas seulement un labeur, la peine que l’on prend  à faire quelque chose. Il  est aussi l’occupation à laquelle on se livre pour gagner sa vie. Et par la force des choses, il représente l’ensemble des activités qui constituent toutes les productions utiles (ou non) à la société. Il s’agit donc d’une construction individuelle et collective soumise à la pression morale et sociale.

Il convient de rappeler ici quelques principes fondamentaux qui ont d’évidence encore récemment échappé à Carlos Ghosn : les grands patrons ne peuvent pas s’exempter de prendre en considération une certaine  éthique et d’un minimum de responsabilité sociale.

Pour une grande majorité des salariés, la répartition de la valeur ajoutée entre salariés, actionnaires et dirigeants apparaît scandaleusement inéquitable. Il est vrai que, la mondialisation s’imposant, les entreprises obéissent à d’autres règles que celles de notre cadre national.  Le capitalisme n’a pas de frontières et aime les riches. Les patrons n’ont plus beaucoup de limites.

La si contestée loi EL KHOMRI , qui ambitionne de bousculer règles de métier et codes de régulation, a ceci de terrible : elle efface la question de la reconnaissance de l’individu travaillant au profit d’un management quasi idéologique. L’entreprise doit pouvoir agir librement pour consolider ses bases financières et offrir en retour quelques miettes d’emploi. Le patron est roi, merci à lui!

Au vu des derniers développements, on s’inquiète à l’avance des risques écologiques mais aussi  des conséquences de ces gestions financières aptes à créer des travailleurs de sous-main ou de seconde zone, révocables à merci, peu rémunérés, peu considérés.

Et cela, au nom  d’une autre violence, profonde et presque déshumanisante : la violence du non-travail, de la difficulté de vivre au quotidien. La violence de la destruction du travail par des nouvelles formes d’organisation.

Merci patron !, de François Ruffin,  c’est l’histoire de Serge et Jocelyne Klur, employés d’Ecce, filiale du groupe LVMH, plus exactement employés de son usine de Poix-du-Nord, jadis chargée de la confection des costumes Kenzo. Mondialisation oblige, le groupe a cru bon d’en délocaliser toute la production en Pologne. Moyennant quoi les Klur ont été invités à se rendre employables ailleurs.

La fin de droits dépassée depuis belle lurette, les KLUR tournent à 400 euros par mois.  La maison est fraîche  car, il n’y a plus de chauffage et il a fallu se replier dans la seule pièce habitable. Au rayon des vertus tonifiantes,  l’élimination de tout excès alimentaire et l’adoption de saines résolutions diététiques ; on peut même aller jusqu’à parler de rationnement…On en est là quand survient un avis de saisie de la maison, ni plus ni moins, à la suite d’une ardoise d’assurance de 25 000 euros. Pour les Klur pas d’autre projet que de  foutre le feu à la maison,  la seule chose que les Klur aient vraiment eue à eux et dont ils ont tiré à peu près tout ce que l’existence leur a réservé de joies.

On ne fait pas plus local que le cas Klur. Et on ne fait pas plus global non plus. Car les Klur offrent en concentré un résumé presque complet du système.

Merci Patron! Le film de François Ruffin n’a aucune visée analytique ou pédagogique. C’est un film d’un autre genre, difficilement identifiable. Le plus juste serait sans doute d’en dire qu’il est un film d’action. Car Ruffin, qui a Bernard Arnault dans le collimateur depuis un moment, veut littéralement faire quelque chose de la situation. A l’image de Michael Moore, le journaliste activiste élabore un traquenard de haut vol avec suspense, changement d’identité et caméra cachée.  Jubilatoire, ce pastiche de thriller sur fond de lutte des classes réussira peut-être à nous rendre joyeusement combatifs.

Merci Patron ! est un parfait dosage d’humour et de constat social.

Avec les possibilités de débat que je viens d’évoquer, Merci Patron est en tout cas  un film parfait pour clôturer notre cycle de ciné-débat de l’année 2015/2016.

 

 

 

 

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