Les riverains des antennes relais s’inquiètent pour leur santé

Jeudi 19 mars 2009, la municipalité a provoqué une réunion extra-municipale ayant pour objet les antennes relais de téléphonie mobile.

Cette rencontre vient à la suite de différentes affaires relatives à l’installation d’antennes relais sur la commune, dont la plus récente, sur l’hôtel Port Hélène à l’Almanarre, en novembre 2008, a fait grand bruit. Le contentieux est vaste, au plan local comme au plan national, et les dernières affaires concernant les jugements condamnant Bouygues Telecom et SFR à l’enlèvement d’antennes relais ont remis le débat à l’ordre du jour. Aussi les participants étaient-ils nombreux : Monsieur le Maire (qui a introduit la réunion puis s’est éclipsé), Monsieur Carrassan, des adjoints et des chefs de services de la Mairie, les représentants des CIL [1], des représentants d’associations, les opérateurs Bouygues, Orange et SFR ainsi que Monsieur Auzet de la DDASS.
La position de la municipalité n’est pas sans équivoque :
Certes Monsieur le Maire avance que le principe de précaution est indispensable, mais Melle Durand (Adjointe déléguée à l’Urbanisme et aux Affaires Juridiques), qui a délivré les autorisations relatives aux antennes de l’hôtel Port Hélène, explique que si les implantations d’antennes relais ont l’obligation de respecter les règles d’urbanisme et du POS, et dans certains cas de recevoir l’aval de l’architecte des bâtiments de France (conditions toutes requises dans les cas qui nous occupent), le principe de précaution ne concerne pas les règles de l’urbanisme. Il est de l’ordre du juridisme civil. Tant que les règles sont respectées et les différentes autorisations délivrées (autorisation du bailleur de l’édifice, déclaration préalable de travaux, autorisation d’émettre de l’Agence nationale des fréquences (ANFR)), la municipalité ne peut s’opposer à l’installation des antennes. Si elle le fait, elle s’expose à une annulation de la part du Tribunal Administratif. D’autre part, l’exposé de du Docteur Colin (Adjointe déléguée à l’Hygiène et à la Santé), laisse entendre que la gestion du risque est le fait de nos gouvernants en qui nous devons avoir confiance : aucune corrélation ne peut être faite entre les cas d’hypersensibilité et une exposition aux ondes. Sur le registre de la confiance, Monsieur Carrassan, premier adjoint, enfoncera le clou lors de sa conclusion qui clôturera la réunion : « … passons de la méfiance à la confiance… » Pourtant Monsieur De Lustrac (Adjoint délégué aux Déplacements et aux Transport) a vu rouge quand a été évoqué le « guide des bonnes pratiques » qui lie les opérateurs et la municipalité depuis 2004 : il critiquera avec véhémence l’attitude des opérateurs qui, d’après lui, n’ont pas respecté leurs engagements. La municipalité est donc impuissante à contrôler les installations des antennes relais ? Il semblerait qu’effectivement la marge de manœuvre soit faible, tant que la législation ne sera pas modifiée. Cependant la mairie exhorte les opérateurs à plus de concertation et de transparence, et annonce la mise en place d’une convention entre les opérateurs et la Mairie afin de trouver « le meilleur compromis entre l’intérêt de la communauté et celle du citoyen », « pour un climat de bonne intelligence ».
Les opérateurs ont alors joué leur habituelle grande messe :
Réunis dans le cadre de l’AFOM [2], « réponse collective pour accompagner le développement de la téléphonie mobile dans la société française », les opérateurs ont développé leurs arguments :
• Ils ont une obligation de couverture du territoire en matière de téléphonie mobile

• 1300 études répertoriées par l’OMS, 50 ans de recul depuis l’apparition des premiers émetteurs de radio et de télévision : Les « ondes radio » ne sont pas dangereuses pour la santé humaine

• Une antenne relais, c’est comme un phare (avec dessin d’un phare à l’appui !), le rayonnement s’effectue dans un faisceau dirigé horizontalement

• Les contraintes techniques (fréquences utilisées, faible puissance des relais, nombre des appels) impliquent, pour que l’usager soir mieux servi, d’augmenter le nombre d’antennes

• Le guide des bonnes pratiques permet de bonnes relations entre les différents acteurs

• Et enfin un argument faisant appel à l’actualité récente : l’Académie de Médecine vient de déclarer que la Cour d’Appel de Versailles a commis une « erreur scientifique » en obligeant Bouygues à démonter l’une de ses antennes, car « les antennes sont inoffensives ». Si l’obligation de couverture faite par l’Etat aux opérateurs est bien réelle, le reste n’est que discours lénifiant, avec des approximations dont le public n’a pas été dupe.
Dans la salle, des participants avertis, qui ne s’en sont pas laissé conter, ont réagi fermement aux contre-vérités avancées :

• Dans le cadre de la téléphonie mobile, les fréquences utilisées sont différentes de celles de la radio et de la télévision. De plus ce sont des ondes pulsées, elles n’ont pas les mêmes effets sur la santé. Nous n’avons donc pas 50 ans de recul, mais juste une quinzaine d’année, ce qui est insuffisant par rapport aux pathologies suspectées. Les 1300 études de l’OMS mises en avant ne peuvent donc répondre aux inquiétudes sur les ondes TTM [3]. Si rien n’est démontré encore avec toute la rigueur scientifique attendu, ce n’est pas faute de travaux :on va attendre longtemps des preuves (comme pour l’amiante) car les cancers, leucémies … mettent du temps à se déclarer. Une chose est cependant sûre : le nombre de cancers augmente, on ne peut pas négliger l’environnement électromagnétique croissant auquel nous sommes soumis comme facteur de risque.
• Les opérateurs ont passé sous silence le rapport BioInitiative (31/08/2007), validé et soutenu par l’Agence Européenne de l’Environnement ainsi que par le Parlement Européen, dans une Résolution votée le 04 Septembre 2008, qui, « vivement interpellé » par ce rapport et considérant entre autres l’hypersensibilité aux rayonnements électromagnétiques, recommande une révision à la baisse les normes d’exposition, qualifiées d’obsolètes. • Les émissions des antennes relais comportent un lobe principal dirigé horizontalement, mais aussi des lobes secondaires. D’autre part, le signal peut être amplifié par des structures métalliques (balcon, fenêtres…) .
• Le développement de la téléphonie mobile répond plus à des impératifs économiques qu’à un véritable service public : si chacun reconnaît le bien-fondé du téléphone portable, qui dans certains cas peut sauver des vies, l’essor de l’UMTS [4] (pour la 3G) ne répond pas à un véritable besoin de la population.
• Les populations riveraines déplorent que des antennes soient implantées dans des zones habitables, voire à proximité d’hôpitaux, sans aucune concertation ni même information. De plus certaines pratiques, comme des chantiers nocturnes, éveillent forcément la suspicion (l’autorisation de voirie pour l’intervention d’une grue aurait été donnée pour la nuit, dixit un opérateur). Les mesures concernant les émissions des antennes ne sont pas communiquées, voire ne sont pas faites…
• Enfin, l’avis de l’Académie de Médecine est fortement discrédité par la présence en son sein de personnes telles qu’André Aurengo (auteur du communiqué), appartenant au Conseil scientifique de … Bouygues Télécom !

Les CIL demandent donc qu’une cartographie des antennes relais de la commune soit communiquée et expriment leur désir d’être associés à la convention que la municipalité est en train d’étudier.
Changer d’Ere, en tant qu’association éco-citoyenne, interpelle la municipalité pour un positionnement plus net en faveur d’une attitude responsable, prenant en compte toutes les incertitudes quant aux nocivités des ondes électromagnétiques. Le rapport du Bioinitiative Workgroup, mais aussi les premiers résultats d’une grande étude internationale, Interphone, menée par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) dans treize pays, montrent d’ores et déjà la suspicion de la nocivité des ondes électromagnétiques sur la santé. Malgré une mobilisation grandissante, le peu d’empressement de l’Etat à mettre a plat les problèmes montre le lobbying intense auquel se livrent les opérateurs : le « Grenelle des antennes », annoncé pour le 12 mars, puis pour le 26 mars, aura finalement peut-être lieu le 23 avril… D’autre part, les liens étroits existants entre les experts qui se veulent rassurant et ces mêmes opérateurs ne sont plus à démontrer. (André Aurengo, à la fois membre de l’Académie de Médecine mais aussi membre du Conseil Scientifique de Bouygues Télécom, la dénonciation du rapport Zmirou par l’Inspection générale des affaires sociales, pour collusion entre les experts et les opérateurs …) Certes l’enjeu économique est grand pour les opérateurs, mais la santé des citoyens doit passer avant les intérêts des industriels. Avec l’idéologie du « tout sans fil » (Wifi, Wimax…), le développement de la 3G et des antennes UMTS, la multiplication des applications technologiques mobilisant des « micro-ondes » produisent une augmentation significatives des rayonnements auxquels nous sommes exposés, souvent à notre insu. Encore très récemment ( le 23 mars 2009) L’ARTAC (association indépendante de médecins et de chercheurs spécialisée dans l’étude biologique, thérapeutique et clinique des cancers) a prévenu « les pouvoirs publics qu’en l’état actuel de nos connaissances, on ne peut exclure qu’après une période d’exposition suffisante, cette intolérance puisse concerner aussi les enfants et donc être à l’origine d’un problème de santé publique majeur dans les années à venir dans tous les pays utilisant sans restriction les technologies modernes faisant appel aux champs électromagnétiques. »
Avec notre Maire, nous sommes d’accord pour dire qu’aujourd’hui plus que jamais, après les expériences d’affaires sanitaires douloureuses que nous avons (amiante, sang contaminé, hormone de croissance, irradiation lors des essais nucléaires…) le principe de précaution doit prévaloir !
Des solutions existent, aussi nous suggérons à la municipalité de :
• Lancer une campagne d’information et d’éducation afin de favoriser un usage raisonné du portable (par le biais du journal municipal par exemple)
• Privilégier les réseaux câblés dans les écoles, bibliothèques, toutes les structures municipales
• Alerter les CIL lors de demande de travaux concernant les antennes-relais et provoquer des concertations avec les opérateurs
• Procéder à des mesures régulières des émissions des antennes, par l’acquisition communale de sondes en continu et leur exploitation en commun avec les représentants associatifs de la population (et non laisser le soin aux opérateurs de faire les mesures)
• Enfin s’engager et militer pour inciter l’Etat à
1. Réduire l’exposition chronique aux champs électromagnétiques des antennes relais à 0,6 v/m, ce qui implique davantage d’antennes relais pour couvrir le territoire, de faibles puissance elles sont aussi de faible encombrement, ce qui facilite leur intégration au paysage.
2. Imposer la procédure du permis de construire pour toute nouvelle installation d’antenne-relais
3. Interdire la commercialisation et la promotion des portables explicitement destinés aux enfants
4. Lancer une grande enquête épidémiologique sur les riverains des antennes-relais
5. Reconnaître l’E.H.S. – ElectroHyperSensibilité ou syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques comme problème réel de santé constituant une cause de handicap.
6. Adopter un statut protecteur pour les experts scientifiques et les lanceurs d’alerte C’est aux mesures que le Maire prendra que les hyèrois apprécieront le niveau de son souci de leur santé. Ce n’est qu’à ce prix-là que la confiance pourra revenir….
Criirem (Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électro-magnétiques) : www.criirem.org
Next-up (site d’information et d’alerte) : www.next-up.org
PRIARTéM (Pour une réglementation des implantations d’antennes relais de téléphonie mobile) : www.priartem.fr
Robin des Toits : www.robindestoits.org
Cartographie des antennes en France : www.cartoradio.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *